texte tiré des "Amours d'Èmeline" , recueil en cours d'écriture :

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Aux premières notes de ce Paso Doble au rythme endiablé, les jambes d’Èmeline frémissent, frétillent puis ne tiennent plus en place, aussi accepte-t-elle l’invitation du premier venu sans prêter attention à sa physionomie. Peu importe à quoi il ressemble, il danse si bien, d’une façon originale, la faisant parfois pivoter sur elle-même, et la guide en avançant entre les couples sans en effleurer un seul ! Tandis qu’elle le complimente à ce sujet, il répond :

« Je ne voudrais pas qu’on vous brise, vous me faîtes penser à une biscotte, toute fragile »

Quand elle regagne sa place, son amie Yvette s’extasie :

— Quel beau couple vous formez ! Il va vraiment bien avec toi ce type ! Il n’est pas mal !

Èmeline le cherche alors du regard, l’aperçoit, le détaille… Certes, il a fière allure mais elle ne partage pas l’emballement de sa copine. Comme elle lui raconte qu’il l’a comparée à une biscotte, elles le désignent donc ainsi désormais.

Celui-ci revient chercher Èmeline pour une valse. Les cavaliers ne sont pas très nombreux pour ces pas-là. Celui-ci semblant, plutôt doué, elle le suit, et ne le regrette pas ! Ils s’accordent à merveille, tourbillonnant à l’endroit, à l’envers…

Après la série il lui tient le bras pour la reconduire à sa place et demande s’il peut s’asseoir un moment. D’emblée Yvette dit oui, mais Èmeline consent plutôt à contre cœur, car si on la voit accompagnée, on ne l’invitera pas ! Aussi s’arrange-t-elle pour qu’il s’installe entre elles deux, laissant Yvette faire les frais de la conversation… puis s’esquive au premier slow, là encore sans vraiment regarder son danseur, souhaitant surtout échapper à Biscotte.

Les jeunes femmes à nouveau seules, Yvette reprend ses louanges :

— J’ai discuté avec lui, il a vraiment l’air d’aplomb et tu l’intéresses, mais toi tu continues de penser à Édouard, pourtant Biscotte est plus classe !

À la fermeture de la boite de nuit, il propose à ces dames, café et croissants, chez lui, à une dizaine de kilomètres du dancing. Chacun, chacune prend sa voiture et roulent à la queue leu leu.

S’il monte encore d’un cran dans l’estime d’Yvette, il stagne dans les sentiments d’Èmeline. Elle le trouve sympathique mais pas davantage, cependant elle accepte de lui donner son numéro de téléphone et prend le sien pour ne pas le vexer et essuyer les reproches futurs de son amie !

Trois jours plus tard, en milieu de semaine il se manifeste au bout du fil. Il aimerait l’emmener danser samedi prochain en soirée. Elle acquiesce sans grand enthousiasme, toujours avec cette volonté de ne pas passer à côté de quelque chose. Bien qu’elle n’ait pas eu le coup de foudre, il ne lui déplaît pas et peut-être que l’amour se déclenchera par la suite ! Yvette lui rabâche tellement que ce garçon est fait pour elle ! Et… elle doit se détacher d’Édouard !

Le matin du rendez-vous, il annule leur sortie, se disant insuffisamment en forme pour tenir le coup une partie de la nuit. En revanche il peut lui offrir un verre en centre-ville, ayant à faire dans le coin !

Croire ou ne pas croire en cette soudaine fatigue ? Peu lui importe !

Ils prennent un café dans un bar en tout début d’après-midi et discutent au moins pendant deux heures, de leurs goûts, de leurs activités, etc. Le courant passe bien mais elle songe en son for intérieur qu’il ne semble pas si mal en point et son baiser ne lui procure aucune émotion ou sensation sinon celle de s’ennuyer ! Elle a donc échappé à une soirée assommante et lorsque, certain d’avoir repris du poil de la bête dans quelques jours, il suggère de reporter leur projet au week-end prochain, elle adhère mollement, songeant qu’elle décidera au dernier moment. Pourquoi se gêner ? Les hommes ne mettent pas de gants, eux !

Il la recontacte quelques jours plus tard. Dès qu’elle reconnaît sa voix, ne sachant pas encore si elle veut poursuivre cette relation, elle se fait passer pour sa fille :

Désolée, maman est absente.

— Vous avez la même voix que votre mère ! Je rappellerai.

Plusieurs fois, elle emprunte le timbre de sa fille.

Puis, émue par la ténacité de cet homme, elle accepte un deuxième rendez-vous dans un café quarante-huit heures avant la soirée dansante prévue. Comme cette fois-ci, ses baisers sont un peu moins barbants et qu’elle se marre avec lui, elle prend le risque d’être en sa compagnie pour un plus long rendez-vous.

 

Elle préfère se rendre par ses propres moyens (sa voiture) au restaurant-dansant, où il a réservé deux places.

Peu de tables y sont occupées, les serveurs font des têtes d’enterrement, et personne sur la piste de danse. Èmeline et Biscotte restent donc également assis et cette ambiance curieuse, arrosée copieusement leur provoque des fous rires d’adolescents. Entre deux rigolades, elle remarque que s’il a de fins poignets pour un homme, il est doté d’une large carrure, et lui imagine des épaules bien carrées comme elle les apprécie.

Peu à peu les couples s’en vont et on leur laisse entendre qu’il ferait bien de les imiter ! Il n’est même pas minuit ! Biscotte propose un dernier verre chez lui. Èmeline connaît d’avance le scénario, mais est prête à le jouer. Elle a confiance en lui, sait où est située sa maison, y étant déjà venue avec Yvette. L’habitation n’est pas isolée.

Les deux voitures se suivent une dizaine de minutes dans la nuit noire.

Dès l’entrée au salon bien chauffé, Èmeline ôte son manteau, Biscotte, sa veste, et la jeune femme découvre, stupéfaite et déçue, l’homme en chemise : on dirait un grand gamin, le buste plat, menu et les épaules étroites ! Elle ferait volontiers demi-tour mais elle est polie, bien élevée et il est si gentil, si doux !

Ils sirotent un café puis elle le laisse la caresser mais fait en sorte d’activer les choses et tout se passe très vite. Confus, Biscotte lui promet des performances pour le lendemain matin, insistant pour qu’elle reste dormir. Elle l’écoute, car partir de nuit n’est pas très prudent pour une femme seule.

Elle a donc le déplaisir de le voir se déshabiller complètement et d’entrer nu, tout malingre, tout blanc, tout lisse dans le lit près d’elle. Épuisé, éméché, il s’endort rapidement après l’avoir tendrement embrassée. Bientôt ses ronflements finissent de décider Èmeline, qui, ne pouvant pas supporter la promiscuité de ce corps fluet, ni l’idée qu’il lui refasse l’amour au réveil, éprouve une forte envie de décamper. Elle s’extrait doucement du lit, attrape ses vêtements, les enfile dans la salle de bain, priant en sortant, qu’il ne se réveille pas ! Si c’est le cas, elle lui dira qu’elle ne peut pas dormir et préfère rentrer chez elle. Mais il est tenu ferme dans les bras de Morphée. S’étant trouvée une excuse à fournir s’il ouvre un œil, elle se hasarde à la noter sur un papier, le pose sur la table de la cuisine puis passe la porte de sortie sans encombre. Tranquillisée par son petit mot elle démarre sans souci du bruit causé par le moteur.

Dès cent mètres franchis, elle hurle de joie, telle une femme séquestrée, enfin libérée.

Libre ? Pour être à nouveau happée par le souvenir de ses nuits dans les bras puissants d’Édouard ?

 

 

Biscotte ne lui en veut pas de son départ. Il propose un autre rendez-vous ! Comme elle refuse plusieurs fois d’affilée pour diverses raisons, il n’insiste plus mais continue de l’inviter à danser lorsqu’ils se croisent en boîte.